🔑 Louer un bien
Refus de location et discrimination : ce que dit la loi et comment agir
Critères interdits, pièces que le bailleur peut exiger, preuves, Défenseur des droits, plainte sous 6 ans et sort de votre dossier après un refus.
Un propriétaire peut refuser un candidat à la location, mais uniquement pour des raisons objectives comme la solvabilité : écarter quelqu'un pour son origine, son âge, sa situation de famille, son handicap ou l'un des autres critères interdits par la loi est une discrimination, punie de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. La victime dispose de 6 ans pour porter plainte et peut saisir gratuitement le Défenseur des droits au 3928.
Ce qu'est une discrimination à la location
Service-Public la définit ainsi : « La discrimination à la location est le fait, pour le propriétaire d'un logement ou son représentant (exemple : agent immobilier), de choisir un locataire en rejetant la candidature d'une ou plusieurs personnes sur la base de critères injustes et interdits par la loi » (Source).
Les critères interdits sont fixés par le code pénal (articles 225-1 à 225-4) ; l'article 1er de la loi du 6 juillet 1989 interdit aussi la discrimination dans l'accès au logement. Service-Public en dresse la liste : origine, sexe, situation de famille, grossesse, apparence physique, vulnérabilité particulière liée à la situation économique, nom, lieu de résidence, état de santé, perte d'autonomie, handicap, caractéristiques génétiques, mœurs, orientation sexuelle, identité de genre, âge, opinions politiques, activités syndicales, qualité de lanceur d'alerte (et de facilitateur ou de proche d'un lanceur d'alerte), langue parlée, ethnie, nation, race prétendue et religion.
Le phénomène n'est pas marginal. Le Défenseur des droits indique être saisi chaque année de centaines de dossiers sur l'accès au logement ; en 2024, les deux premiers critères invoqués étaient le handicap (33 %) et l'origine (26 %), devant l'âge, la nationalité et l'état de santé (Source).
Ce qu'un bailleur a le droit de regarder
Le propriétaire reste libre de choisir entre plusieurs candidats. Il doit simplement se fonder sur des critères objectifs, en pratique la capacité à payer le loyer.
Les justificatifs autorisés
La liste est fixée par le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015. Le bailleur peut demander :
- une pièce d'identité (carte d'identité, passeport, permis de conduire ou titre de séjour) ;
- un justificatif de domicile (par exemple les 3 dernières quittances ou une attestation d'hébergement) ;
- des justificatifs d'activité (contrat de travail, carte d'étudiant, extrait K bis…) ;
- des justificatifs de ressources (dernier avis d'imposition, 3 dernières fiches de paie, attestation de simulation des aides au logement…).
Il ne peut pas exiger de relevé de compte bancaire, de carte Vitale, de livret de famille, de contrat de mariage, de jugement de divorce ni d'extrait de casier judiciaire, rappelle la CNIL. Réclamer une pièce non autorisée expose à une amende pouvant atteindre 3 000 €, ou 15 000 € pour une personne morale. Aucune somme d'argent ne peut non plus être demandée pour « réserver » le logement avant la signature du bail.
Un motif de refus qui n'est pas discriminatoire
Service-Public cite un cas précis : le bailleur peut écarter la candidature d'une personne qui veut exercer une activité professionnelle dans un logement d'habitation.
Les étapes si vous pensez avoir été discriminé
1. Noter les faits le jour même : date, heure, nom et coordonnées de la personne (propriétaire ou agent), annonce concernée, propos tenus.
2. Conserver toutes les traces : captures d'écran de l'annonce et des SMS, courriels, enregistrements, attestations de témoins avec leur identité complète, certificat médical s'il y a lieu. Service-Public précise que chaque document doit être daté.
3. Envisager un testing : deux candidatures comparables, qui ne diffèrent que par le critère suspecté (le nom, par exemple). Le code pénal admet ce mode de preuve (article 225-3-1).
4. Signaler les faits à la police ou à la gendarmerie, y compris par la messagerie en ligne dédiée, qui oriente vers les démarches utiles.
5. Saisir le Défenseur des droits, gratuitement, par téléphone au 3928 ou en ligne. Il peut proposer une médiation (3 mois, renouvelable une fois), une transaction validée par le procureur, ou saisir lui-même le procureur.
6. Porter plainte dans les 6 ans suivant les faits, au commissariat ou à la gendarmerie, en vous constituant partie civile pour demander des dommages et intérêts.
Un point de procédure joue en faveur du candidat écarté : Service-Public indique qu'il revient au propriétaire de prouver que sa décision était justifiée par des éléments objectifs et étrangers à toute discrimination, dès lors que la victime apporte des éléments qui laissent supposer une discrimination.
Après un refus : que devient votre dossier ?
Un refus, même justifié, ne donne pas au bailleur ou à l'agence le droit de garder indéfiniment vos pièces. Lors de contrôles d'agences immobilières, la CNIL a rappelé que « les pièces justificatives doivent être détruites dès lors qu'elles n'apparaissent plus utiles pour la décision d'attribution du logement » (Source).
Pour les professionnels, le référentiel de la CNIL sur la gestion locative (adopté le 6 mai 2021, non contraignant) considère qu'une conservation de 3 mois en base active des données collectées pour apprécier la solvabilité est en principe adéquate. Il ajoute que les pièces transmises au-delà de ce que prévoit la réglementation doivent être supprimées ou renvoyées au candidat.
En pratique, vous pouvez demander par écrit la suppression de votre dossier ou l'accès aux données qui vous concernent (droits prévus par le RGPD). Avant tout envoi, la CNIL déconseille de transmettre des documents personnels sans avoir vérifié qu'il ne s'agit pas d'une escroquerie ; le site public FiligraneFacile permet d'ajouter un filigrane à vos pièces.
Sanctions et délais
| Situation | Sanction ou délai | Fondement |
|---|---|---|
| Refus de location fondé sur un critère interdit | Jusqu'à 3 ans de prison et 45 000 € d'amende | Code pénal, art. 225-1 à 225-4 |
| Justificatif non autorisé réclamé | Amende jusqu'à 3 000 € (15 000 € pour une personne morale) | Loi de 1989, liste fixée par le décret de 2015 |
| Délai pour porter plainte | 6 ans à compter des faits | Service-Public |
| Médiation du Défenseur des droits | 3 mois, renouvelable une fois | Service-Public |
Cas particuliers
- Logement social : les règles de plainte décrites ici concernent le parc privé. Un candidat qui se voit refuser un logement social pour un motif discriminatoire doit saisir directement le Défenseur des droits.
- Refus par une agence : la plainte peut viser l'agent immobilier qui représente le propriétaire. Les professionnels de l'immobilier suivent une formation obligatoire à la lutte contre les discriminations, pour laquelle le Défenseur des droits a publié en 2025 son guide « Louer sans discriminer ».
- Critère économique : la « vulnérabilité particulière liée à la situation économique » est un critère interdit, mais vérifier que les revenus permettent de payer le loyer reste légitime. La frontière se joue sur la méthode : les mêmes exigences doivent s'appliquer à tous les candidats.
Erreurs à éviter
- Pour le candidat : attendre. Les preuves disparaissent vite (annonce retirée, messages supprimés). Faites vos captures immédiatement.
- Pour le candidat : envoyer plus que nécessaire. Un relevé bancaire ou un livret de famille n'a pas à figurer dans un dossier.
- Pour le bailleur : écrire son critère. Une annonce « pas d'enfants », « moins de 40 ans » ou « nationalité française exigée » vise des critères interdits et constitue un élément de preuve contre son auteur.
- Pour le bailleur : choisir sans trace. Conserver la grille de critères appliquée à tous les candidats permet de démontrer l'objectivité de la décision.
Qui contacter
- Le Défenseur des droits : 3928, du lundi au samedi de 9 h 30 à 19 h (hors jours fériés), ou par messagerie en ligne.
- L'ADIL de votre département, pour vérifier les pièces qu'un bailleur peut demander.
- Le commissariat ou la gendarmerie, pour signaler les faits ou porter plainte.
- La CNIL, si un bailleur ou une agence refuse de supprimer ou de vous communiquer vos données.
Pour préparer un dossier complet et conforme, voir aussi le modèle d'attestation d'employeur pour une location et le guide loi Alur : synthèse pratique.
En cas de doute sur la qualification des faits ou avant de porter plainte, faites-vous conseiller par le Défenseur des droits, l'ADIL ou un avocat.
Sources
- Discrimination à la location d'un logement — Service-Public (DILA), consulté le 27 septembre 2026
- Futur locataire d'un logement privé : justificatifs à donner au propriétaire — Service-Public (DILA), consulté le 27 septembre 2026
- Discriminations dans l'accès au logement : le Défenseur des droits publie une nouvelle édition de son guide à destination des professionnels de l'immobilier — Défenseur des droits, consulté le 27 septembre 2026
- Location d'un bien immobilier : quels justificatifs peut-on demander aux candidats ? — CNIL, consulté le 27 septembre 2026
- Pièces justificatives à fournir pour l'accès à la location : un cadre juridique pris en compte par les professionnels — CNIL, consulté le 27 septembre 2026
- Référentiel relatif aux traitements de données personnelles mis en œuvre dans le cadre de la gestion locative — CNIL, consulté le 27 septembre 2026
