⚖️ Juridique & légal
Renoncer à une succession avec une maison endettée : démarches et conséquences
Renoncer ou accepter à concurrence de l'actif net quand la maison ne couvre pas les dettes : délais, formulaire, effets pour vos enfants et erreurs à éviter.
Si la maison et les biens du défunt ne suffisent pas à couvrir ses dettes, vous pouvez renoncer à la succession en déposant le formulaire cerfa n° 15828 au greffe du tribunal judiciaire du dernier domicile du défunt, ou chez un notaire : vous ne recevez rien, mais vous ne payez pas ses dettes. Personne ne peut vous obliger à choisir pendant les 4 mois qui suivent le décès ; ensuite, un créancier peut vous sommer de décider, et sans réponse dans les 2 mois vous êtes considéré comme ayant accepté purement et simplement.
Renoncer n'est pas toujours la meilleure option lorsqu'il y a une maison : l'acceptation « à concurrence de l'actif net » permet parfois de la conserver sans jamais payer plus que ce qu'elle vaut.
Faire le bilan avant de choisir
Avant toute décision, dressez la liste de ce que laissait le défunt et de ce qu'il devait :
- l'actif : la maison (valeur estimée), les comptes bancaires, le mobilier, un véhicule, des placements ;
- le passif : le crédit immobilier restant dû, une hypothèque, des crédits à la consommation, des impôts, des factures, les frais d'obsèques.
Le notaire peut interroger les banques et vous aider à chiffrer. Pour estimer la maison, les prix de vente réels du secteur donnent un ordre de grandeur (voir Estimer un bien). Attention : une maison grevée d'un crédit n'est pas forcément « endettée » au sens de la succession si sa valeur dépasse le capital restant dû.
Les trois options possibles
| Option | Ce que vous recevez | Les dettes | Démarche |
|---|---|---|---|
| Acceptation pure et simple | Votre part d'héritage | Payées selon votre part, même au-delà de ce que vous recevez | Écrit, ou acceptation tacite par vos actes |
| Acceptation à concurrence de l'actif net | Votre part, si des biens restent après paiement des créanciers | Payées seulement dans la limite de la valeur des biens | Déclaration au greffe ou au notaire, inventaire, publicité |
| Renonciation | Rien | Aucune, sauf une participation possible aux frais d'obsèques | Formulaire cerfa n° 15828 au greffe ou au notaire |
L'option est indivisible : vous ne pouvez pas garder la maison et refuser les dettes. Le choix vaut pour toute la succession.
L'alternative : accepter à concurrence de l'actif net
Cette option protège votre patrimoine personnel : vous ne payez pas les dettes qui dépassent la valeur des biens. Service-Public donne un exemple : si les biens valent 3 000 € et les dettes 5 000 €, vous ne contribuez aux dettes qu'à hauteur de 3 000 €.
La procédure est plus lourde qu'une renonciation :
1. Déclaration d'acceptation à concurrence de l'actif net, au greffe du tribunal du dernier domicile du défunt ou chez un notaire.
2. Publicité au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc) ; les frais de publication de 16 € sont à la charge de la succession.
3. Inventaire des biens et des dettes, réalisé par un commissaire de justice ou un notaire et déposé au greffe dans les 2 mois suivant la déclaration (un délai supplémentaire peut être accordé par le juge). Sans dépôt dans les délais, vous êtes considéré comme ayant accepté purement et simplement.
4. Règlement des dettes : les créanciers ont 15 mois après la publication pour déclarer leurs créances. Pendant ce délai, vous pouvez choisir de conserver ou de vendre les biens de la succession.
C'est souvent la bonne solution si vous souhaitez garder la maison familiale et que sa valeur est proche du montant des dettes. Après une acceptation à concurrence de l'actif net, vous ne pouvez plus renoncer, mais vous pouvez encore accepter purement et simplement si l'actif s'avère supérieur aux dettes.
Renoncer : la démarche pas à pas
1. Remplissez le formulaire cerfa n° 15828 « Renonciation à succession par une personne majeure ». Un modèle de déclaration de renonciation à succession vous guide aussi dans la rédaction.
2. Joignez les pièces demandées par la notice : copie intégrale de l'acte de décès, copie intégrale de votre acte de naissance datant de moins de 3 mois, copie recto verso de votre pièce d'identité.
3. Envoyez le tout par lettre simple ou déposez-le au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession, c'est-à-dire du dernier domicile du défunt, ou remettez-le à un notaire (ce service peut être facturé).
4. Conservez le récépissé : il prouve votre renonciation.
5. Répondez aux créanciers qui vous relancent en leur adressant une copie de la renonciation. Service-Public indique que vous pouvez aussi les inviter à faire nommer le Domaine pour régler la succession.
La notice du formulaire rappelle que, pour être opposable aux tiers, la renonciation « doit être obligatoirement adressée ou déposée au greffe du tribunal judiciaire du dernier domicile du défunt » (Source).
Ce qu'il ne faut pas faire en attendant
Certains gestes valent acceptation tacite de la succession, ce qui vous rend redevable des dettes. Service-Public cite l'exemple de la vente d'un objet de la succession. Il précise aussi : « Toutefois, vous pouvez réaliser certains actes sans que cela soit considéré comme une acceptation de la succession. » (Source). Parmi ces actes : payer l'assurance de la maison ou encaisser les loyers.
En pratique, tant que vous n'avez pas choisi :
- ne vendez rien, ne donnez rien, ne vous installez pas dans la maison ;
- ne videz pas les comptes du défunt ;
- limitez-vous aux mesures de conservation (assurance, fermeture, relevé du courrier) et gardez les justificatifs.
Les conséquences de la renonciation
- Vous êtes réputé n'avoir jamais été héritier : vous ne recevez rien et ne payez pas les dettes.
- Vos enfants deviennent héritiers à votre place : ils doivent à leur tour accepter ou renoncer. Pour un enfant mineur, la renonciation suppose l'autorisation préalable du juge des tutelles (formulaire cerfa n° 15832). Si toute la famille veut éviter les dettes, chaque génération doit donc faire la démarche.
- Les frais d'obsèques : un ascendant ou un descendant du défunt peut devoir y participer en fonction de ses moyens, même après avoir renoncé. Si vous les avez avancés, Service-Public indique que vous pouvez en obtenir le remboursement sur le compte bloqué du défunt, dans la limite de 5 965 €.
- Une donation reçue du défunt de son vivant peut en principe être conservée si elle ne dépasse pas la quotité disponible, sauf clause contraire prévue par le défunt.
- Un retour en arrière est possible : vous pouvez encore accepter purement et simplement dans les 10 ans suivant le décès, à condition qu'aucun autre héritier ni l'État n'ait accepté entre-temps.
- Si tous les héritiers renoncent : la succession est dite vacante. Sur demande d'un créancier, d'un notaire ou de toute personne intéressée, le juge nomme le Domaine curateur ; celui-ci inventorie les biens et vend notamment la maison pour régler les dettes.
Calendrier récapitulatif
| Délai | Ce qui se passe |
|---|---|
| 0 à 4 mois après le décès | Personne ne peut vous obliger à choisir ; vous pouvez renoncer dès le décès |
| Après 4 mois | Un créancier, un cohéritier, un héritier de rang suivant ou l'État peut vous sommer de choisir |
| 2 mois après la sommation | Décision ou demande de délai au juge ; à défaut, acceptation pure et simple |
| 10 ans après le décès | Sans choix ni sommation, vous êtes réputé avoir renoncé |
Vous avez déjà accepté ?
Si vous avez accepté purement et simplement et découvrez ensuite une dette importante, vous pouvez demander au tribunal judiciaire d'en être déchargé, totalement ou partiellement, si vous aviez des raisons légitimes d'en ignorer l'existence et si son paiement menace gravement votre patrimoine. Le délai est de 5 mois à partir du jour où vous en avez eu connaissance.
Qui contacter
- Le notaire chargé de la succession : bilan de l'actif et du passif, déclarations, conseils sur l'option.
- Le greffe du tribunal judiciaire du dernier domicile du défunt : dépôt de la renonciation ou de l'acceptation à concurrence de l'actif net.
- Le service du Domaine (pôle de gestion des patrimoines privés) si la succession devient vacante.
Pour la suite, si vous acceptez, notre guide Hériter d'une maison détaille les étapes, et Droits de succession sur une maison le calcul fiscal.
Le choix de l'option est lourd de conséquences et peu réversible : en cas de doute sur la valeur de la maison ou l'étendue des dettes, consultez un notaire avant de signer quoi que ce soit.
Sources
- Accepter ou renoncer à la succession (option successorale) — Service-Public.fr (DILA), consulté le 27 septembre 2026
- 15828*05 - Renonciation à succession par une personne majeure — Service-Public.fr (DILA), consulté le 27 septembre 2026
- Renonciation à la succession : qui s'occupe des dettes et biens du défunt ? — Service-Public.fr (DILA), consulté le 27 septembre 2026
- Effectuer une démarche concernant une succession vacante — impots.gouv.fr (DGFiP), consulté le 27 septembre 2026
- Le curateur à succession vacante — impots.gouv.fr (DGFiP), consulté le 27 septembre 2026
